Publié le 29 avril 2026 · 6 min de lecture · Rando

Rando

Il y a des journées qui restent. Celle du 20 avril en fait partie. Ciel parfaitement bleu, soleil généreux mais pas encore brûlant, et au bout du chemin : le cirque de La Plagne avec ses cascades démesurées, gonflées par la fonte des neiges pyrénéennes. On était en famille, et on a marché pendant une heure le long du ruisseau entre le parking de Bocard d'Eylie et le cirque. Une heure aller, une heure retour, avec le pique-nique au milieu. Simple, gratuit, extraordinaire.

Le chemin depuis Bocard d'Eylie

On part du parking de Bocard d'Eylie, au bout de la route qui monte depuis Sentein dans la vallée du Biros. À cette altitude, le printemps a quelques semaines de retard sur la plaine — les arbres commençaient juste à débourronner, les premières fleurs sauvages apparaissaient dans les prés. Le chemin longe le ruisseau de La Plagne, tantôt en « forêt » mixte sous les hêtres et les sapins, tantôt en espace ouvert avec vue sur les crêtes encore bien enneigées.

Le sentier est bien balisé, sans difficulté technique, accessible à des enfants à partir de 6-7 ans. En avril, il peut être un peu boueux dans les parties ombragées — prévoir des chaussures de marche plutôt que des baskets. La montée est progressive, sans raidillon brutal.

L'ancienne mine : un patrimoine industriel oublié

La vallée du Biros a une histoire minière importante. La mine de Sentein a été exploitée pour la blende (sulfure de zinc) et la galène (sulfure de plomb) pendant plusieurs siècles, avec une activité particulièrement intense au XIXe et début XXe siècle. Des galeries parcourent encore les flancs de la montagne, et on peut observer en chemin les traces de cette activité : haldes (tas de déchets miniers) recouvertes de végétation, ruines de bâtiments de traitement, anciens canaux d'amenée d'eau.

Cette histoire industrielle se superpose au paysage naturel d'une façon troublante — on marche dans un endroit d'une beauté sauvage qui a aussi été, pendant des générations, un lieu de labeur dur et de vie collective intense. Les mineurs venaient de toute la région, parfois d'Espagne toute proche. Il reste peu de traces visibles, mais on marche sur leur histoire.

Le cirque : le moment où tout le monde s'est tu

Il faut s'approcher d'assez près pour entendre les cascades. D'abord un grondement sourd qui monte avec l'altitude, puis le bruit de l'eau qui devient de plus en plus présent, envahissant. On arrive face à un amphithéâtre verdoyant qui monte de manière assez raide. Il faut un dernier effort physique pour gravir cette montée et avoir le droit de voir de près les grandes chutes d'eau, alimentées par la fonte des neiges. En avril, avec le manteau neigeux encore épais sur les sommets à 2000 mètres, les cascades sont à leur maximum. Puissantes, blanches, bruyantes, intimidantes.

On s'est assis à l'ombre d'un arbre en bordure du ruisseau pour le pique-nique. Sandwiches, fruits, chips — le genre de repas qui n'a rien d'extraordinaire mais que le lieu transforme en festin. On a exploré les berges et mis les pieds dans l'eau. De mon côté je me suis approché au plus près de la plus petite cascade et essayé de me baigner dans le petit bassin au pied de la chute d'eau, mais c'était assez violent et très froid. J'ai réussi à m'immerger une petite minute intense et inoubliable. Ces moments-là ne se programment pas et ne se répètent jamais tout à fait à l'identique.

Infos pratiques : Parking de Bocard d'Eylie, commune de Sentein (09800), vallée du Biros. Route accessible en voiture normale. Marche aller-retour environ 2h, dénivelé modéré. Idéal d'avril à juillet pour les cascades. En été les cascades diminuent. Emportez de l'eau, le soleil en altitude peut surprendre.
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